Aidante familiale débordée par les démarches administratives dans un bureau d'accueil

Aidant d’un parent âgé : quelles sont les démarches à faire ?

Dans l’ordre, il y a cinq choses à faire : évaluer le niveau de dépendance de votre proche (la grille AGGIR, qui conditionne tout le reste), consulter son médecin traitant, contacter le Centre Local d’Information et de Coordination (CLIC) ou la Maison Départementale de l’Autonomie (MDA) de son secteur, ouvrir ses droits financiers (APA, caisse de retraite ou MaPrimeAdapt’ selon les cas), et vérifier si vous-même avez droit au congé proche aidant. Le détail, les montants 2026 et l’ordre exact dépendent de votre situation — on les développe ci-dessous.

Urgence ou anticipation : le chemin n’est pas le même

Si vous lisez cet article après une chute, une hospitalisation ou un diagnostic récent, ne perdez pas de temps sur l’anticipation : allez directement à l’étape 1. Si vous accompagnez une perte d’autonomie progressive et que rien n’est urgent, vous avez la marge pour avancer dans l’ordre proposé plus bas.

Votre proche vient d’être hospitalisé ou de faire une chute

Contactez l’assistante sociale de l’établissement avant la sortie. C’est elle qui peut engager une demande d’APA en urgence — une procédure accélérée qui permet un versement forfaitaire dans l’attente de l’évaluation complète — et organiser une sortie sécurisée (portage de repas, aide à domicile temporaire, matériel médical). Ne laissez jamais une sortie d’hôpital se faire sans ce contact : c’est le moment où les dossiers avancent le plus vite, parce qu’un travailleur social est disponible sur place.

Vous anticipez une perte d’autonomie progressive

Vous avez le temps de contacter en amont les organismes d’information générale (CLIC, MDA, Maison France Services) pour comprendre le nombre de formalités à venir et leurs délais. C’est aussi le bon moment pour vous poser la question de l’équipement de sécurité à domicile — voir notre article sur à quel moment mettre en place une téléassistance pour un parent — avant qu’une situation d’urgence ne vous l’impose.

Étape 1 : faire évaluer le niveau de dépendance (grille AGGIR et GIR)

Toutes les aides à l’autonomie découlent d’un chiffre : le GIR (Groupe Iso-Ressources), de 1 (dépendance quasi totale) à 6 (autonomie complète). C’est l’équipe médico-sociale du Conseil départemental — pas le médecin traitant seul, qui ne peut pas attribuer officiellement un GIR même s’il fournit des éléments médicaux utiles — qui réalise cette évaluation lors d’une visite à domicile, en observant l’autonomie réelle de votre proche sur des critères comme la cohérence, l’orientation, l’hygiène, l’habillage, l’alimentation et la mobilité. Cette évaluation ne remplace pas un avis médical : pour toute question de santé concernant votre proche, le médecin traitant reste l’interlocuteur de référence.

Ce niveau détermine directement quelle porte s’ouvre :

GIRNiveau de dépendanceDispositif mobilisable
GIR 1Dépendance quasi totale, aide humaine constanteAPA (plafond le plus élevé)
GIR 2Dépendance importante, aide pour la plupart des actesAPA
GIR 3Autonomie mentale conservée, aide quotidienne pour se lever/se laverAPA
GIR 4Aide partielle pour la toilette, l’habillage, les repasAPA (plafond le plus bas)
GIR 5Autonome, aide ponctuelle (ménage, courses)Aides de la caisse de retraite (CARSAT, MSA, Agirc-Arrco)
GIR 6Totalement autonomePas de dispositif dépendance dédié

La demande d’évaluation se fait directement auprès du Conseil départemental (souvent via le formulaire unique APA, qui déclenche l’évaluation). C’est aussi ce que fait pour vous un CLIC ou une MDA si vous préférez passer par un interlocuteur local plutôt que par le département directement.

Étape 2 : si le GIR est de 1 à 4, demander l’APA

L’Allocation Personnalisée d’Autonomie (APA) n’est pas soumise à condition de ressources pour l’obtenir — en revanche, vos ressources déterminent ce que vous payez sur le plan d’aide. Le plafond mensuel du plan d’aide dépend du GIR :

GIRPlafond mensuel du plan d’aide APA (2026)
GIR 12 080,33 €
GIR 21 682,30 €
GIR 31 215,99 €
GIR 4811,52 €

La participation de votre proche se calcule ensuite selon ses revenus mensuels :

Revenu mensuelParticipation à charge
Moins de 933,89 €0 % — APA prise en charge intégralement
Entre 933,89 € et 3 439,31 €Calcul progressif, de 0 à 90 %
Plus de 3 439,31 €90 % du coût du plan d’aide

Aucune participation n’est due si son montant calculé est inférieur à 36,06 €/mois. La demande se fait auprès des services sociaux du Conseil départemental ; comptez en pratique 6 à 8 semaines entre le dépôt du dossier complet et la visite d’évaluation, le département disposant légalement de 2 mois pour statuer.

Étape 3 : si le GIR est de 5 ou 6, contacter la caisse de retraite

Un proche jugé autonome au sens de l’APA (GIR 5-6) n’est pas pour autant sans solution : les caisses de retraite proposent leurs propres aides au maintien à domicile, en dehors du système APA.

  • CNAV (Caisse Nationale d’Assurance Vieillesse) pour le secteur privé
  • CARSAT, la caisse régionale, qui instruit concrètement ces dossiers : aide-ménagère, portage de repas, aides ponctuelles (aide au logement, secours d’urgence), et souvent une participation à l’équipement de téléassistance — voir notre comparatif des meilleures solutions de téléassistance pour aidants
  • MSA pour le régime agricole
  • Agirc-Arrco en complément, pour la retraite complémentaire

Le dossier se fait directement auprès de la caisse de retraite principale de votre proche, généralement via un formulaire d’évaluation des besoins similaire à celui du département.

Étape 4 : adapter le logement — MaPrimeAdapt’ et l’ANAH

MaPrimeAdapt’ finance jusqu’à 70 % des travaux d’adaptation du logement (douche à l’italienne, monte-escalier, élargissement des portes, rampes), dans la limite de 22 000 € HT de travaux. Le taux de prise en charge dépend des ressources :

Profil de ressourcesPrise en charge
Ressources très modestes70 % des travaux, plafond 22 000 € HT
Ressources modestes50 % des travaux, plafond 22 000 € HT

À titre indicatif, hors Île-de-France, le plafond « ressources très modestes » pour une personne seule est d’environ 17 363 € de revenu fiscal de référence, et « ressources modestes » d’environ 22 259 € — ces seuils varient selon la composition du foyer et la zone géographique, à vérifier au cas par cas auprès de l’Anah.

Sont éligibles les personnes de 70 ans et plus (sans condition d’autonomie), les 60-69 ans en perte d’autonomie, et les personnes en situation de handicap (taux d’incapacité ≥ 50 % ou éligibilité PCH), sous réserve d’occuper le logement à titre de résidence principale. Un diagnostic par un opérateur agréé (AMO) est obligatoire avant travaux, et le dossier passe par l’Anah.

Point d’attention à vérifier au moment de votre lecture : les nouvelles demandes MaPrimeAdapt’ sont actuellement suspendues dans l’attente du vote du budget 2026. Renseignez-vous auprès d’un conseiller France Rénov’ sur la reprise effective des dossiers avant d’engager des devis.

Dans notre expérience du secteur des dispositifs médicaux, l’erreur la plus fréquente à ce stade n’est pas financière mais technique : engager des travaux sans évaluation préalable par un ergothérapeute. Un monte-escalier mal dimensionné ou une douche adaptée mal positionnée par rapport au fauteuil ou au déambulateur coûte cher à corriger — l’évaluation professionnelle en amont, exigée d’ailleurs par MaPrimeAdapt’, n’est pas une formalité administrative à expédier.

Étape 5 : financer une aide à domicile — le crédit d’impôt de 50 %

Indépendamment de l’APA, l’emploi d’un salarié à domicile ou le recours à un service à la personne (ménage, aide-soignant, téléassistance, portage de repas, transport accompagné) ouvre droit à un crédit d’impôt de 50 % des sommes dépensées, sans condition de ressources.

PlafondMontant
Plafond de dépenses de base12 000 €/an → crédit d’impôt maximal de 6 000 €
Majoration par situation (enfant à charge, membre du foyer de plus de 65 ans, ascendant bénéficiaire de l’APA)+1 500 € par situation
Plafond maximal15 000 € (18 000 € la première année d’emploi direct d’un salarié)

Les dépenses peuvent concerner votre domicile, votre résidence secondaire, ou celui de votre parent aidé. Conservez les justificatifs et déclarez le montant brut sur impots.gouv.fr — le calcul du crédit est automatique.

Étape 6 : vérifier vos propres droits en tant qu’aidant — congé et AJPA

C’est l’étape la plus souvent oubliée, y compris par les aidants eux-mêmes : si vous êtes salarié, indépendant ou demandeur d’emploi indemnisé, vous pouvez avoir droit à un congé proche aidant indemnisé par l’AJPA (Allocation Journalière du Proche Aidant), sans condition d’ancienneté.

  • Montant : 66,64 € par jour (2026), dans la limite de 22 jours indemnisés par mois
  • Durée : jusqu’à 3 mois consécutifs ou fractionnés par congé, dans la limite de 66 jours par proche aidé, et d’un plafond de carrière de 264 jours cumulés (depuis 2025) pour l’ensemble de votre vie professionnelle, sur plusieurs proches si nécessaire
  • Condition liée au proche aidé : GIR 1 à 3, ou taux d’incapacité reconnu d’au moins 80 %

Démarche : notifiez votre employeur par écrit (idéalement avec accusé de réception) puis déposez votre demande d’AJPA auprès de la CAF ou de la MSA, avec justificatif du lien familial et certificat médical. Comptez 4 à 6 semaines de traitement — prévenez donc au moins un mois avant la date de congé souhaitée.

Faut-il envisager une protection juridique dès maintenant ?

Pas systématiquement, et certainement pas dans la précipitation. Trois régimes existent, avec des niveaux de contrainte très différents :

MesurePour quiNiveau de contrôle
Habilitation familialeUn proche en capacité d’agir seul dans l’intérêt de la personne, famille unie sur la décisionLe plus souple — peu de contrôle judiciaire une fois la mesure mise en place
CuratellePersonne qui conserve une partie de son autonomie de décisionIntermédiaire (simple, renforcée ou aménagée selon les actes concernés)
TutellePersonne qui ne peut plus décider seule pour les actes de la vie couranteLe plus encadré — représentation complète par le tuteur

Les trois mesures exigent un certificat médical établi par un médecin agréé, et la décision revient au juge des contentieux de la protection (tribunal judiciaire). Dans une famille sans conflit et pour une personne qui a encore un discernement partiel, l’habilitation familiale suffit dans la majorité des situations — c’est la voie la plus rapide et la moins lourde administrativement. Ne vous engagez pas dans une curatelle ou une tutelle sans en avoir discuté avec un travailleur social ou un notaire : ce sont des mesures plus contraignantes à défaire qu’à mettre en place.

Qui contacter selon votre besoin

Votre besoinInterlocuteurPour quoi faire
Comprendre la situation médicale, orienter vers des soinsMédecin traitantDiagnostic, suivi, orientation vers un spécialiste
Évaluer le niveau de dépendance (GIR)Équipe médico-sociale du Conseil départementalÉvaluation AGGIR, ouverture des droits APA
Trouver les structures et interlocuteurs de votre secteurCLIC, CCAS/CIAS, MDA, Maison France ServicesOrientation, information de premier niveau
Adapter le logementConseiller France Rénov’ / AnahMaPrimeAdapt’, diagnostic ergothérapeute
Financer une aide à domicileConseil départemental (APA) ou caisse de retraite selon le GIRAide financière au plan d’aide
Accompagner sans perdre son emploiEmployeur, puis CAF ou MSACongé proche aidant, AJPA
Protéger juridiquement son procheJuge des contentieux de la protection (tribunal judiciaire)Habilitation familiale, curatelle, tutelle
Être écouté, rompre l’isolementAssociation de patients ou d’aidants (France Alzheimer, France Parkinson, associations locales)Groupes de parole, formation, soutien

Questions fréquentes

Combien de temps prend une demande d’APA ?

Le Conseil départemental dispose légalement de 2 mois pour statuer à compter du dossier complet. En pratique, comptez 6 à 8 semaines entre le dépôt et la visite d’évaluation, puis quelques semaines supplémentaires avant le premier versement.

Mon proche vient de faire une chute et sort de l’hôpital : par où commencer en urgence ?

Contactez l’assistante sociale de l’établissement avant la sortie. Elle peut engager une demande d’APA en urgence, avec un versement forfaitaire dans l’attente de l’évaluation complète, et organiser une sortie sécurisée.

L’aidant a-t-il droit à des aides financières pour lui-même ?

Oui, via l’AJPA : 66,64 €/jour en 2026, dans la limite de 22 jours par mois, si le proche aidé est en GIR 1 à 3 ou reconnu avec un taux d’incapacité d’au moins 80 %.

Faut-il l’accord de mon proche pour engager ces démarches ?

Oui, tant qu’il est en capacité de consentir. Les démarches administratives, hors urgence vitale, nécessitent son accord ou celui de son représentant légal si une mesure de protection est déjà en place.

Ce que vous devez faire maintenant

  1. Cette semaine : appelez le CLIC ou la Maison Départementale de l’Autonomie du secteur de votre proche pour engager l’évaluation AGGIR — c’est le point de départ de tout le reste.
  2. En parallèle : prenez rendez-vous avec son médecin traitant pour faire le point médical et obtenir les éléments qui appuieront l’évaluation.
  3. Si vous travaillez : informez votre employeur par écrit dès que l’idée d’un congé proche aidant se précise, au moins un mois avant la date envisagée.
  4. Constituez le dossier dès maintenant : pièce d’identité, justificatifs de ressources, RIB, dernière notification de retraite — les avoir prêts accélère chaque démarche suivante.
  5. Ne tranchez pas seul la question de la protection juridique avant d’en avoir parlé à un travailleur social : l’habilitation familiale suffit dans la plupart des situations familiales simples, et elle est plus rapide à mettre en place qu’une curatelle.

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